Interviews

GREGORY PAISLEY

Par AnthonyVivien 19 mai 2021

Grégory, tu as endossé le costume de consultant sur la chaîne beIN Sports seulement quelques mois après avoir raccroché les crampons. Avais-tu anticipé ta reconversion ?

Pour être honnête, ce n’était pas enregistré dans mon cahier des charges ! Six mois avant la fin de mon contrat avec l’EA Guingamp en 2012, je me suis posé la question au sujet de ma reconversion. Je ne me voyais surtout pas tricher avec quiconque, la tendance était au fait d’arrêter ma carrière à l’issue de la saison. Mentalement, j’étais prêt.

Cette idée de me diriger vers les médias est venue suite à une discussion avec Christophe Gautier, le responsable de la communication à l’EAG. Il m’a fait comprendre qu’à chaque fois que le club me sollicitait pour m’exprimer, cela se passait toujours très bien. C’est ainsi qu’est née l’idée de devenir consultant. La suite est une histoire de timing.

La chaîne beIN Sports s’est créée en 2012. Après avoir stoppé ma carrière en juin de la même année, Philippe Genin m’a contacté en septembre pour savoir ce que j’avais prévu pour ma reconversion. C’est ainsi qu’il m’a proposé de commenter un match de L1, Evian TG-FC Lorient. La chaîne venait de récupérer les droits de diffusion de la L1. J’ai dit un grand oui ! C’est ainsi que ma vie a basculé, puisque deux jours après ce coup de téléphone j’ai commenté mon premier match de football.

La pression fut-elle plus grande qu’au coup d’envoi d’un match de football  ?

Le stress, je n’ai pas trop connu cela tout au long de ma carrière. J’ai toujours été quelqu’un de posé, de tranquille. Ca n’a jamais été dans ma nature de me mettre la pression. Par contre, j’avais plus des interrogations sur le métier en lui-même, qui était totalement inconnu pour moi. Je me demandais si j’allais être à la hauteur, car je ne savais pas du tout à quoi m’attendre.

J’ai eu la chance d’être très bien entouré à mes débuts, j’ai juste eu à suivre les consignes dictées. J’ai ensuite amené mon ressenti de footballeur, mon expérience de quinze années de terrain, qui a été bénéfique pour mieux appréhender ce rôle de consultant.

Est-ce un réel avantage d’avoir été footballeur professionnel pour occuper le rôle de consultant ?

Tous les consultants ont joué au plus haut niveau. Le fait d’avoir vécu les mêmes situations que les joueurs actuels nous permet de mieux comprendre et surtout de mieux commenter telle ou telle situation. Nous apportons des avis tactiques et techniques, sans pour autant remplacer les journalistes que nous accompagnons. Nous amenons une expertise qui doit permettre aux téléspectateurs de mieux comprendre le jeu. On se doit d’être pertinent le plus simplement possible, avec un ton adapté pour être compris de tous.

@beIN Sports

As-tu suivi une formation pour gagner en compétences ?

Lors des quatre premières années, j’ai eu la possibilité de travailler avec tous les journalistes de la chaîne. J’ai donc pu observer la méthode de chacun d’entre eux et ainsi saisir tous les codes nécessaires pour me sentir de plus en plus à l’aise. Bien évidemment, il y a toujours un travail à réaliser en amont de chaque match, on ne peut pas arriver tout nu !

Pourquoi la chaîne a-t-elle pensé à toi pour couvrir la Serie A ?

Initialement, on m’a embauché pour couvrir la L1, grâce à mes quinze années de joueur pro. Je me suis retrouvé dans le bon wagon, car j’avais joué avec et contre beaucoup de joueurs. C’était donc plus simple pour moi. Les autres championnats étrangers étaient déjà couverts par des binômes bien en place.

Jusqu’au jour, où Philippe Genin a de nouveau fait appel à moi pour remplacer Bruno Cheyrou (ndlr : nommé directeur sportif des Féminines du PSG) afin d’occuper le rôle de consultant pour la Serie A. J’ai tenté cette aventure avec enthousiasme et je ne le regrette pas.

C’est une expérience très riche car nous commentons les matchs en direct dans les stades italiens. Nous avons la possibilité de croiser les joueurs pour recueillir leurs impressions. Nous avons la chance de vivre de très grandes affiches chaque week-end avec des clubs comme la Juventus Turin, le Milan AC, l’Inter Milan, l’AS Roma, la Lazio Rome, l’Atalanta Bergame…

As-tu repéré des jeunes très prometteurs qui évoluent en Serie A ?

En général, on va retrouver de très bons jeunes dans les équipes dites « petites ». Ils vont ensuite s’aguerrir dans les plus grosses cylindrées du pays. Le jeune joueur italien s’exporte rarement. Voilà pourquoi le recrutement de Marco Verratti au PSG fut un vrai coup de maître de la part de Leonardo !

J’ai pu assister à l’éclosion de Nicolò Barella lorsqu’il jouait à Cagliari, un vrai petit phénomène qui faisait de grandes différences. J’ai également suivi depuis leurs débuts des joueurs comme Manuel Lazzari de la Lazio Rome, Giovanni Di Lorenzo d’Empoli et Piotr Zielinski de Naples.

Existe-t-il une concurrence entre consultants sportifs ?

Ca n’a jamais été mon état d’esprit. Je pars du principe que je suis un privilégié, car il existe très peu de consultants qui ont la chance de commenter les grands matchs. Suite à l’arrêt de la chaîne Téléfoot, il ne reste plus que Canal+ et beIN Sports. Je ne regarde pas ce qui se fait ailleurs. Si on me fait confiance depuis maintenant neuf ans, c’est que je dois faire du bon travail. On ne me garde pas pour mes beaux yeux !

Lors de mes premières années, on se voyait régulièrement avec Habib Beye (ndlr : consultant pour la chaîne Canal+). On débriefait nos matchs. On se donnait des conseils pour se tirer mutuellement vers le haut.

@OGC Nice

As-tu puisé chez d’autres consultants des expressions ou des attitudes pour te perfectionner ?

Sincèrement, non. Ca aurait tout bonnement dénaturé mes interventions. On commente un instant T. Si on doit réfléchir à copier untel ou untel, l’acte est déjà passé le temps qu’on y pense. En somme, soit tu l’as, soit tu l’as pas ! On doit être pertinent et objectif à la seconde près, pour ne pas heurter les sensibilités. On est un peu comme des équilibristes, mais c’est un bon exercice.

Jouer au football te manque t’il ?

J’ai arrêté ma carrière sciemment. Ce n’est pas comme ci on m’avait mis dehors. J’ai fait ce choix volontairement, en mon âme et conscience. Au tout début, lorsque je retournais dans certains stades, forcément il y avait ce petit pincement au cœur. C’est surtout les matchs à enjeux, avec l’ambiance qui règnent autour, qui me donnaient envie d’entrer sur la pelouse ! Mais ce fut passager. Je suis passé à tout autre chose depuis de nombreuses années. Je prends énormément de plaisir dans mes fonctions actuelles.

Quel regard portes-tu sur l’évolution du niveau de jeu ?

C’est toujours compliqué de comparer les époques. J’en ai récemment parlé avec Benjamin Nivet, qui a joué jusqu’à 42 ans ! Je ne sais pas si je suis dans le faux, mais je trouve qu’il y a un manque de talent en L1. Les équipes prennent moins de risques qu’à une certaine époque. Parfois, on se demande même si les équipes veulent vraiment gagner les matchs.
Je me permets de porter ce jugement car j’ai commenté la Ligue des Champions, notamment le Final 8 car beIN Sports possède les droits de diffusion. J’ai également commenté le PSG sur sa chaîne de télévision. Ca n’a rien à voir, c’est vraiment le très haut niveau. En Italie aussi, les grandes affiches offrent de très beaux spectacles.

Les joueurs sont de vrais athlètes, c’est une réalité, c’est factuel ! Ca va au tampon ! On sent que les équipes mises dorénavant sur le physique. Ce n’est pas pour rien que les joueurs sont équipés de GPS. Les staffs attachent beaucoup d’importance à l’aspect athlétique, parfois au détriment du jeu qui devient aseptisé. Par exemple, on aimerait voir un fin technicien dribbler davantage, faire preuve d’imagination. Il ne faut toutefois pas en faire une généralité non plus.

La crise sanitaire a-t-elle impactée ton quotidien ?

Tout à fait, car nous n’avons plus mis les pieds en Italie depuis février 2020. C’était pour commenter le match Lazio Rome-Juventus Turin. Depuis un an, on commente les matchs de Serie A dans des cabines à la Factory de Boulogne-Billancourt, siège de beIN Sports France. Ce n’est pas toujours évident, mais il n’y a pas d’autres choix. En étant au stade, j’anticipe plus facilement les actions avec un plan large. Là, je suis obligé de suivre le champ de la caméra. C’est un exercice complètement différent, mais nous ne sommes pas les plus à plaindre. J’espère que nous aurons la possibilité de nous rendre dans les stades très prochainement.

Portes-tu un jugement différent envers la profession de journaliste depuis que tu es passé de l’autre côté de la « barrière » ?

Un journaliste comme Philippe Genin a plus de 25 années d’expérience. Je ne vais surtout pas remettre ses avis en cause. Je ne possède pas la science infuse, j’apprends tous les jours. Je suis là pour apporter une expertise technique. Philippe est intergénérationnel, il a suivi toute l’évolution du football depuis de nombreuses années. Je me suis toujours adapté aux journalistes avec qui j’ai travaillé.

Il est vrai que lorsque j’étais joueur, il m’arrivait de répondre à des questions sans réelle conviction car je trouvais qu’elles n’avaient aucun apport réel. Certaines chaînes aiment instaurer des débats « épicés », car c’est leur fond de commerce. Comme c’est leur ADN de départ, ça ne choque plus personne. Pour ma part, je prends plus de plaisir en essayant d’apporter mon expertise avec bienveillance.

@beIN Sports

Avant de se quitter, quelles sont selon toi les clés de la réussite pour être un bon consultant ?

Il faut d’abord rester soi-même. Ca ne sert à rien de s’inventer une vie. On m’a engagé pour ce que je suis. Il faut également travailler avec beaucoup d’humilité. Ce n’est pas parce qu’on commente des grands matchs qu’on le fera pour toujours. Certes il faut saisir cette opportunité, mais ce n’est pas un gage de garantie.

Il faut également entretenir la notion de plaisir. Ca ne reste que du football ! Rien ne sert de se prendre au sérieux. Il ne faut pas surjouer et être conscient de cette chance d’occuper ce poste. Tellement de monde aimerait être à ma place ! De plus en plus de joueurs veulent devenir consultant. Moi, je fais du Greg Paisley, je reste naturel comme je l’étais en tant que joueur. J’aime cette notion de partage, c’est un vrai kiff !

 


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Profil

Nom : Paisley
Prénom : Grégory
Né le : 07 mai 1977
A : Paris (75)
Poste : Défenseur
Pied : Gaucher
Carrière professionnelle : PSG (96-01) – Servette Genève (Prêt en 97) – Stade Rennais FC (01-02) – Le Havre AC (02-03) – FC Sochaux (03-05) – FC Metz (05-06) – ES Troyes AC (06-07) – RC Strasbourg (07-09) – OGC Nice (09-11) – EA Guingamp (11-12)
Nationalité : Française
Sélections : Néant
Palmarès : Vainqueur Coupe de la Ligue (04)