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KENZA CHAPELLE

Aussi à l’aise dans un rôle de milieu offensif que sur le front de l’attaque, Kenza Chapelle (18 ans) découvre la D1 Arkema cette saison avec le FC Fleury 91. Entretien exclusif avec l’un des plus grands talents du football féminin français.

Par AnthonyVivien 17 mai 2021

Comment se déroule cette saison à titre collectif ?

Nous avons réalisé une bonne première partie de saison, avec pas mal de victoires, ce qui nous a permis d’être bien en place dans la première partie du tableau. On a vraiment bien fait les choses. C’est plus compliqué depuis janvier, avec que des revers pour un seul succès. Nous avons reculé au 9e rang du championnat. Pourtant, on travaille très dur à l’entraînement. On donne tout lors des matches, mais on manque de réussite. On ne va surtout pas se cacher derrière la crise sanitaire, qui a de toute façon touché toutes les équipes. Je n’ai pas d’explication quant à cette mauvaise série, mais on va tout faire pour tenter de bien finir notre saison.

Cette crise sanitaire a-t-elle changé vos habitudes ?

Dans notre club, nous n’avons pas été trop impactées. Quelques joueuses ont été contaminées, dont moi-même ! Toutes les semaines, nous nous faisons tester. On fait très attention à respecter les gestes barrières. On évite d’aller dans des endroits où nous pourrions être en contact avec du monde. On veille à bien porter notre masque en dehors du terrain. On ne veut surtout pas pénaliser notre équipe et encore moins jouer avec la santé des gens.

Il s’agit de ta première saison en D1 Arkema. Satisfaite ?

Honnêtement, je ne pensais pas jouer autant de matchs pour ma première année en D1 (ndlr : 11 matchs, dont 8 titularisations et 1 but). J’ai eu l’opportunité d’entrer en jeu face au PSG en novembre, un match lors duquel j’ai pu faire mes preuves durant un quart d’heure. Suite à ma prestation, on m’a permis d’enchaîner les matchs. C’est une découverte accélérée de la D1, qui me permet d’acquérir de l’expérience. Je ne m’attendais pas du tout à cela aussi rapidement, c’est bien évidemment une très grande satisfaction.

Pourquoi avoir opté pour le projet du FC Fleury 91 l’été dernier ?

Cette équipe m’a contacté lorsque je jouais à St-Maur en D2. C’est une équipe qui montre une vraie progression sur les dernières saisons, avec des joueuses d’expérience. Je savais qu’en rejoignant cette équipe, j’aurais la possibilité de franchir un vrai cap en engrangeant du temps de jeu.

Quelles sont les principales différences entre la D2 et la D1 que tu découvres ?

Il y a une différence de niveau sur le plan physique, technique et tactique, mais pas non plus un boulevard. Certes, ça va plus vite dans les enchaînements et les impacts sont plus rugueux, mais la majorité des clubs travaillent de mieux en mieux et le niveau va se resserrer.

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D’où t’es venue cette passion pour le football ?

J’ai débuté le football à l’âge de 7 ans en club, au FC Romainville présidé par mon grand-père. Avant cela, j’allais voir mon père et mon oncle qui pratiquaient le football. J’étais sur les terrains tous les week-ends ! Mon petit frère s’était inscrit au club, ça m’a donc motivé à en faire tout autant. Mes parents m’ont également encouragé. J’ai joué avec les garçons jusqu’en U15, car après j’avais pour obligation d’intégrer une équipe féminine. Dans tous les clubs, j’ai toujours été très bien intégrée et acceptée par les garçons. Je n’ai jamais été mise à l’écart. Je n’aurais pas pu rêver mieux, ils n’ont jamais fait la moindre différence. Ca m’a permis de m’endurcir, ça n’a été que bénéfique pour la suite.
 

Bien que Parisienne de naissance, c’est en Corse que tu t’es perfectionnée à ton adolescence. Destination plutôt étonnante ?

Ma tante vit là-bas. Tous les ans, nous y allions passer nos vacances. Mes parents ont décidé d’y faire construire leur nouvelle maison. J’ai signé à Luciana, puis à Ajaccio, avant d’intégrer le Pôle France basé à l’INSEP, au cœur du bois de Vincennes. Chaque week-end, je rentrais en Corse pour jouer avec Luciana. Mes proches ont accepté ces sacrifices, car nous étions convaincus que ça serait payant pour la suite de ma carrière.

As-tu toujours voulu devenir footballeuse professionnelle ?

En toute sincérité, oui ! Vers l’âge de dix ans, j’étais déterminée à l’idée de jouer au plus haut niveau. J’avais envie d’en faire mon métier plus tard. Je me suis toujours donné à fond à chaque étape franchie depuis que je pratique le football.

Avais-tu un modèle lorsque tu étais plus jeune ?

Je ne regardais pas trop le football féminin car il n’était pas aussi diffusé que maintenant. C’est donc Ronaldinho qui m’impressionnait le plus avec sa technique individuelle ! A l’époque actuelle, c’est Cristiano Ronaldo que j’admire le plus. Sa finition face au but est époustouflante.

En parlant de finition, tu n’as inscrit qu’un but en D1. Pas trop frustrant pour une attaquante ?

C’est un peu plus dur qu’en D2 (ndlr : 8 buts en 27 matchs) pour se procurer des occasions. Il va falloir que je gagne en expérience pour faire la différence face à des joueuses aguerries à ce niveau de compétition.

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Ton adaptation fut elle aisée parmi ces joueuses qui pour certaines sont mères de famille ?

Ca se passe très bien depuis mon arrivée dans ce groupe. Elles font toute preuve de bienveillance envers les jeunes joueuses. Elles donnent de très bons conseils, elles nous soutiennent. C’est important d’agir de la sorte, pour maintenir une bonne ambiance de travail. Si l’on veut progresser collectivement, il faut s’entraider. Nous ne sommes pas des rivales, au contraire chacune accepte la concurrence. Ca permet de tirer le groupe vers le haut.
 

N’est-ce pas difficile d’évoluer loin de ta famille ?

Même s’il me reste quelques proches sur Paris, mes parents et mon frère sont effectivement très loin. Depuis mon entrée à l’INSEP en 2017, j’ai été habituée à vivre seule. Quitter le cocon familial aussi jeune n’est évidemment pas facile. Ils me manquent, je ne vais pas le cacher. Mais nous savons tous que c’est important pour mon avenir.

Un avenir qui s’inscrit uniquement en tant que footballeuse professionnelle ?

A l’INSEP, on nous répète sans cesse qu’il est très important d’avoir un double projet. Le football féminin ne permet pas encore de suffisamment gagner sa vie pour en faire notre unique métier. On ne sait pas de quoi est fait demain. Je prépare une licence AES à l’université, avec des cours à distance. C’est parfois très compliqué de suivre correctement les cours, avec les entraînements en parallèle.

Tu as porté à 19 reprises le maillot Bleu en sélection chez les jeunes. Quelles sont tes ambitions sur le plan international ?

C’est toujours une fierté de porter le maillot Bleu ! Représenter son pays parmi autant de joueuses talentueuses, c’est très encourageant. A partir du moment où on y goûte une fois, on a envie d’y retourner de suite. Ca va passer par du temps de jeu en D1 et des bonnes performances régulières.

Lorsqu’on évolue en D1 Arkema, l’objectif est-il de rejoindre un jour l’OL ou le PSG ?

Pas forcément, ce n’est pas une obligation même s’il s’agit de deux très bonnes équipes. Si on m’appelle, ça sera très bien ! Je sais que je pourrais vivre de très grande chose si tel était le cas. C’est très certainement le rêve de beaucoup de jeunes joueuses. Pour ma part, je pars du principe qu’il y a beaucoup de clubs qui progressent avec des projets de plus en plus intéressants. Les écarts vont se réduire dans un futur proche.
 

Comment gères-tu ta notoriété grandissante ?

Je ne suis pas du tout « addict » aux réseaux sociaux. Il faut faire attention à tout ce que l’on dit, ce que l’on fait ou ce que l’on poste. Ce n’est pas parce que je réponds à des interviews ou bien que je passe à la télévision, que je vais changer de personnalité. J’ai des valeurs, je fais tout pour les respecter du mieux possible.

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Pour clore notre échange, quelles sont les clés de la réussite pour atteindre le plus haut niveau ?

La détermination relie toutes les clés de la réussite ! On a beau avoir du talent, sans elle, on est rien. Il faut savoir ce qu’on veut dans la vie et il faut se donner les moyens d’y arriver. Ca passe par du travail, de la rigueur et du sérieux. A chaque étape, un objectif. Le tout est de rester sur le droit chemin et de croire en ses rêves.

 

Profil

Nom : Chapelle
Prénom : Kenza
Née le : 22 août 2002
A : Montreuil (93)
Taille : 1m65
Poste : Attaquante
Pied : Droit
Clubs successifs : FC Romainville (10/14) – Gallia Luciana (14/16) – AC Ajaccio (16/17) – Gallia Luciana (17/18) – VGA St-Maur (18/20) – FC Fleury 91 (depuis juillet 2020)
Nationalité : Française
Sélections : U16 (5 sél./1 but) – U17 (8 sél./3 buts) – U19 (5 sél./4 buts) – U20 (1 sél.)
Palmarès : Néant