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Interviews

BARBER FACTORY

Zoom sur Barber Factory situé dans le 11e arrondissement de Paris (75), salon de coiffure dédié exclusivement à la coupe homme et au rasage. Son responsable Michael Caïolas, plus connu sous le nom de Caïolas Barber, nous a ouvert les portes de son établissement fréquenté par le gotha du football mondial ! Rencontre.

Par AnthonyVivien 14 mai 2021

Tout d’abord, peux-tu te présenter Michael ?

Je m’appelle Michael Caïolas, 39 ans, coiffeur depuis plus de vingt ans. Dans le milieu, on me connaît via mes surnoms Caïo ou bien Caïolas Barber. J’ai ouvert mon tout premier salon à Ozoir-la-Ferrière dans le 77. Depuis trois ans, j’ai ouvert le Barber Factory dans le 11e arrondissement de Paris.

Pourquoi avoir délocalisé ton savoir-faire vers la capitale ?

Ozoir-la-Ferrière est une petite ville plutôt sympathique, mais j’avais besoin de sortir de ma zone de confort. On peut me comparer à un footballeur qui évoluait dans son club formateur et qui voulait tenter l’aventure ailleurs. J’étais à un moment de ma vie où il fallait que je tente quelque chose. Beaucoup de footballeurs venaient déjà dans mon premier salon, mais ça faisait loin de Paris.

Quelles sont tes principales prestations ?

Couper des cheveux, en proposant également des couleurs et des motifs. Le terme « Barber » est devenu très hype, à la mode. On est des coiffeurs avant d’être des Barber. C’est juste plus classe que de dire coiffeur ! On ne propose pas de massages, comme cela existe dans les salons haut de gamme. Les tarifs ne sont pas du tout les mêmes. Le public est également différent, avec davantage d’hommes d’affaires. Je me considère plus comme le coiffeur du peuple, où tout le monde peut venir se faire couper les cheveux.
Michael Caiolas Barber Factory

Où puises-tu toutes tes idées pour réaliser des motifs sur les cheveux de tes clients ?

À la base, je me débrouille plutôt bien en dessin. De ce fait, j’ai toujours voulu transmettre mon côté créatif sur une feuille pour réussir à le transposer sur des cheveux. En toute modestie, c’est ce qui a fait ma renommée et c’est pourquoi j’en suis là aujourd’hui. Grâce à des motifs et des couleurs qui sortent du commun, les footballeurs ont été séduits par cette touche artistique.

Quelles sont les réelles forces de Barber Factory ?

Tout simplement, le fait que le salon soit accessible à toutes sortes de public. J’apprécie ce mélange des genres. Des personnes lambdas comme vous et moi-même peuvent être amenées à croiser des footballeurs réputés, des sportifs de haut niveau ou d’autres personnalités du petit écran. Cette semaine, le boxeur Tony Yoka et l’ex-international de football Djibril Cissé sont venus se faire coiffer au salon. Ils deviennent ainsi accessibles et n’hésitent pas à échanger avec la clientèle en toute quiétude. J’aime entretenir ces valeurs de proximité.

La créativité proposée pour les motifs et pour les couleurs est également un argument de choix. Par exemple, je coiffe régulièrement DJ Snake. Sa coupe de cheveux plaît à beaucoup de ses fans, un peu comme Eminem à l’époque ! Le fait de proposer des dessins ou des couleurs qui sortent de l’ordinaire est forcément une véritable plus-value.

Il est également préférable d’exercer en ayant obtenu des diplômes. C’est d’ailleurs ce que je conseille à celles et ceux qui débutent dans la profession. Il faut aller à l’école pour apprendre les bonnes bases. Pour ma part, j’ai obtenu un CAP puis mon brevet professionnel, qui est obligatoire pour ouvrir un salon. J’ai toujours œuvré dans les règles de l’art. Certains coiffeurs sont parfois un peu perdus, dès qu’il y a un peu de longueur de cheveux…

 

 

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Pourquoi les footballeurs viennent-ils plus en nombre chez Barber Factory que dans les autres salons ?

Je pense que le fait d’être plutôt quelqu’un de discret les rassure. Je ne suis pas du genre à faire des stories à tout prix, dès qu’ils viennent se faire coiffer. Par contre, je préfère que l’on parle de mon travail. Il m’arrive de faire des photos des coupes de cheveux que je réalise, mais c’est plus pour mon plaisir personnel. C’est très rare que je fasse des selfies. Quand j’ai coiffé CR7 (ndlr : l’international portugais Cristiano Ronaldo), j’ai réalisé un selfie en sa compagnie, car c’est une sorte d’aboutissement.

Il y a plein de personnalités ou de footballeurs que je coiffe pour lesquels je ne mets pas les photos sur mes réseaux sociaux. Si l’on reste focus sur les footballeurs, je privilégie ceux avec qui j’ai davantage d’affinités. Par exemple, Leandro Paredes (ndlr : milieu de terrain argentin du PSG) est venu à plusieurs reprises. Je ne vais pas mettre les photos en ligne, si c’est pour qu’il aille chez un autre coiffeur par la suite. Le jour où il deviendra un véritable habitué, peut-être que je le mettrais. Jamais on ne me verra poster une story sur les réseaux sociaux en compagnie d’un joueur célèbre, si je n’ai pas une véritable amitié avec lui.

Cette tranquillité, c’est ce que les gens recherchent et apprécient en venant chez Barber Factory. Autre témoignage, celui de l’humoriste Malik Bentalha, qui m’a toujours dit qu’il aimait beaucoup ma simplicité. J’arrive bientôt la quarantaine, je suis de plus en plus terre à terre. Je préfère que l’on parle de moi pour mon travail et non pour ma « gueule ». Voilà la raison pour laquelle je ne m’affiche pas trop sur les réseaux sociaux.

Certains coiffeurs vont adorer se montrer aux côtés de grandes stars. D’autres sont plus discrets, généralement ce sont ceux qui sont pères de famille ou en couple. Les jeunes d’aujourd’hui sont davantage dans le « m’as-tu vu ». Dès qu’ils ont une belle montre ou une nouvelle voiture, il faut qu’ils montrent à tout le monde des signes de réussite. Je me retrouve plus avec la génération père de famille avec enfants. Je coiffe toutes les semaines un joueur comme Angel Di Maria (ndlr : milieu de terrain argentin du PSG) avec qui il existe un vrai lien d’amitié. Il ne m’affiche jamais sur ses réseaux sociaux et ça me convient très bien !

 

 

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Quel est le tout premier joueur passé entre les lames de tes ciseaux ?

C’était le 26 décembre 2008 ! Sulley Ali Muntari, milieu de terrain international ghanéen, lorsqu’il jouait à l’Inter milan. Un ami m’avait appelé pour savoir s’il pouvait venir avec un certain Sulley qui voulait se faire couper les cheveux. C’est ainsi que Sulley Ali Muntai est venu à Ozoir-la-Ferrière ! Il ne parlait pas un mot de français, et moi pas un mot d’anglais. C’est mon ami qui a fait la traduction. Je lui ai conseillé une coupe de cheveux, il a apprécié. Il est revenu un mois après, en étant une nouvelle fois satisfait. De nouveau, un mois après, il m’a invité en Italie pour assister au match Inter Milan-Manchester City à San Siro, pour le compte de la Ligue des Champions.

Le second joueur fut le milieu de terrain Francis Coquelin, lorsqu’il jouait à Arsenal. Quant au troisième, il s’agit de Mamadou Sakho, à l’époque où les dessins sur les cheveux ont véritablement commencé à émerger. Un ami m’a contacté dans le cadre d’un déménagement de l’un de ses clients. Il souhaitait que mon grand frère vienne avec sa camionnette. Nous avons pris la direction de Saint-Germain-en-Laye. Une fois sur place, Mamadou nous a ouvert la porte ! Avec son franc-parler, mon frère s’est moqué de sa coupe de cheveux, tout en l’invitant à se laisser coiffer par mes soins. Il a pris mes coordonnées et je l’ai coiffé quelques semaines après. Le bouche-à-oreille s’est ensuite mis en marche.

Est-ce que le succès d’un joueur sur le terrain se répercute automatiquement dans ton business ?

Complètement ! Et pour preuve… Le joueur qui m’a permis de vraiment faire décoller ma réputation envers les footballeurs, c’est Paul Pogba. Nous étions voisins dans le 77. C’était à l’époque lorsqu’il jouait à la Juventus Turin. Toutes les semaines, je me rendais à Turin pour le coiffer. Toutes les semaines, j’apparaissais dans les reportages qui concernaient Paul. Dès qu’il avait une nouvelle coupe de cheveux, on me voyait sur internet, mais aussi sur toutes les chaînes de télévision.

Mais comme j’expliquai précédemment, ça ne correspondait pas à ma personnalité. Ce n’était pas moi, j’en avais marre de voir ma tête partout ! À la limite, j’aurais préféré qu’on parle de mon métier pour expliquer que je venais de la campagne et qu’avec de la volonté j’y étais arrivé.

 

 

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Quelles sont les coupes de cheveux les plus insolites souhaitées par les joueurs de football ?

On m’a demandé des tas de choses farfelues ! Notamment Paul. Selon ses explications, je réfléchis à l’aide de croquis. Même si dans ma tête je me dis que c’est très compliqué, je n’ai pas le droit de lui dire. Il faut le faire, c’est tout. En général, je m’en sors plutôt pas mal. Les demandes particulières sont surtout liées au graphisme : léopard, zèbre, couleurs spécifiques, motifs délicats. Par exemple, j’ai réalisé le personnage Sangoku et son nuage magique sur la tête du jeune footballeur international Marcus Thuram !

Quelle importance possède une coupe de cheveux pour un footballeur ?

À l’époque, un joueur comme Patrice Evra n’avait pas une coupe de cheveux particulière lorsqu’il jouait à Manchester United, idem pour son coéquipier Cristiano Ronaldo qui avait juste une nuque longue. Par la suite, les réseaux sociaux ont fait leur apparition, notamment Instagram. Les joueurs ont estimé qu’ils étaient davantage vus sur ce dernier, que par le biais de la télévision ! Ils se sont donc efforcés d’avoir une image clean.

Les joueurs vont dorénavant chez leur coiffeur toutes les semaines, voire toutes les deux semaines, grand maximum. Ils veulent être impeccables. Je ne sais pas s’ils se sentent mieux avec une nouvelle coupe sur le terrain, mais ils ont besoin de ça pour se sentir bien. Pour certains comme Paul Pogba ou Presnel Kimpembe, ça leur apporte un plus à leur image. Les gens vont chercher à savoir ce qu’ils ont fait cette semaine sur leurs cheveux ? Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, on va parler d’eux.

L’image joue énormément maintenant. Certes, ils se doivent d’abord d’être forts sur le terrain, mais ils se doivent d’être propres sur eux. Les années changent, il faut évoluer. Avant on s’en moquait un peu, les joueurs avaient en très grande majorité les cheveux longs. Aujourd’hui, il n’y a plus un cheveu qui dépasse.

Il ne serait pas étonnant que des joueurs me sollicitent très prochainement lorsqu’ils vont venir à Clairefontaine pour préparer l’Euro !

Tu parles d’une véritable amitié avec certains joueurs, pourtant l’échange doit être furtif ?

Généralement, une coupe de cheveux dure trente minutes. À la base, je ne porte aucune importance sur le fait qu’ils soient footballeurs. C’est le côté humain que j’aime ! Certains m’ont invité chez eux pour les coiffer, ils m’ont par la suite rappelé, mais je n’y suis pas retourné. Certains passent leur temps sur leur portable ou bien il ne m’adresse pas un mot. Ils ne prêtent pas du tout attention à qui tu es. À vingt ans, cela ne m’aurait peut-être pas gêné, mais en vieillissant j’aime le contact.

La concurrence fait-elle rage entre salons de coiffure ?

Ils s’en ouvrent à tous les coins de rue. Moi, je ne vais pas coiffer un footeux pour la flambe, pour m’afficher sur les réseaux sociaux. La jeunesse d’aujourd’hui veut aller coiffer un footballeur gracieusement, puis le montrer à tout le monde pour dire « je suis quelqu’un ». La différence se situe entre ceux qui veulent briller parce qu’ils coiffent des footballeurs, et ceux qui veulent briller par leur travail.

J’appartiens à la vieille école. Je ne cherche pas à faire la guerre avec ces coiffeurs qui quelque part se « prostituent » pour coiffer les personnes célèbres. Malheureusement, beaucoup d’entre eux sont prêts à tout. Étant donné que je suis le précurseur dans ce domaine, je suis plutôt respecté par les petits nouveaux.

Il faut qu’ils comprennent que ça ne sert à rien de briller, car un jour ou l’autre tout s’arrête. J’ai reçu toutes sortes de propositions, comme être rémunéré par un système de publicités, mais ce n’est pas cela qui va donner à manger à mes enfants. Certains en sont satisfaits, je n’ai pas besoin de cela.

 

 

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Après trois ans d’activité sur Paris, as-tu de plus grandes ambitions ?

C’est beau de rêver, surtout en France et par les temps qui courent ! Nous sortons de deux années compliquées pour le business, entre les gilets jaunes, les grèves de la RATP, la crise sanitaire… Il est également difficile de trouver du personnel de qualité, avec qui l’on peut travailler en toute confiance. J’ai peut-être un discours de vieux « con », mais je me rattache à l’essentiel, à savoir, prendre du plaisir en toute simplicité dans mon métier, mais aussi auprès de mes proches. Je reste la tête bien ancrée sur les épaules, avec pour seul but de kiffer ma vie !


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