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Laurent Billard (AS Prix-lès-Mézières/N3) : “Plus compliqué mentalement pour les jeunes qu’auparavant !”

Interview exclusive 100% BK de Laurent Billard, coach de l’AS Prix-Lès-Mézières (N3). Pour Billion Keys, le technicien de 46 ans nous dévoile la place offerte aux jeunes dans le projet du club ardennais et donne de précieux conseils aux talents de demain.

Par Rédaction 06 février 2024

▶️ Quelles sont les raisons de vos difficultés rencontrées en championnat (11e du groupe I de N3) ? Malgré 4 victoires en 5 matches fin 2023…

“Notre championnat est le plus homogène du N3 en France. L’an passé, le bas de tableau était plus faible que celui de cette saison. Nous avons récupéré deux réserves professionnelles supplémentaires avec Reims B et Metz B, ce qui en fait 5 en tout ! Le leader Thionville est très costaud, avec une superbe épopée en Coupe de France stoppée par une défaite (1-0) contre l’OM, ce qui démontre la qualité de cette équipe. Belfort qui est descendu de N2 et pourtant relégable actuellement. Il faut noter que nous avons deux matches en retard, mais il est toutefois très difficile d’enchaîner des bons résultats tant ce championnat est relevé. De plus, nous avons des joueurs cadres blessés, comme François Borgniet (passé par Sedan) victime d’une rupture du tendon d’Achille mi-septembre, mais aussi Hugo Cervantes grand artisan de notre bonne dynamique fin 2023 qui a subi une fracture du tibia péroné après un choc reçu lors d’un entraînement. Un match de football est fait de petits détails qui font bien souvent la différence, malheureusement ça ne tourne pas en notre faveur ces temps ci. On travaille sérieusement pour mettre fin à cette série négative et pour relancer la machine.”

▶️ Seulement deux jeunes U21 sont apparus cette saison sous votre coupe. Choix voulu ? Quelle place occupent les jeunes dans le projet du club ?

“Il faut connaître le contexte pour mieux comprendre la place faite aux jeunes du club. Prix-lès-Mézières est un village de 1 200 habitants situé à 20 kilomètres de Sedan. Le club possède 350 licenciés qui s’entraînent sur un seul synthétique. On travaille du mieux possible avec des structures limitées. Nous ne possédons aucune équipe de jeunes au niveau National ce qui n’empêche pas d’avoir un joueur comme Kylian Gérardot passé par toutes les catégories du club jusqu’à l’équipe première. Le bassin des Ardennes compte seulement 180 000 habitants. Heureusement que notre Président est le principal investisseur, il maintient l’équipe fanion et le club en vie. Il est donc très compliqué d’attirer les meilleurs joueurs même si nous arrivons parfois à recruter des joueurs d’expérience comme Mickaël Hervé (passé par le PSG). Il y a environ 7 ou 8 joueurs qui possèdent un contrat fédéral, tous les autres travaillent en parallèle. Le projet de fusion avec Charleville et Sedan a également eu un gros impact sur le mental des joueurs. Leur esprit fut préoccupé quant au fait de savoir s’ils seraient concernés ou non par cet éventuel changement.”

Football - National 3. Prix lance bien sa préparation

▶️ Quel regard portez vous sur les jeunes footballeurs d’aujourd’hui ? Vos conseils pour ceux qui espèrent réussir une belle carrière ? Les pièges à éviter ? Quels sont les profils qui vous intéressent le plus ?

“J’ai vu un véritable changement s’opérer lors de la saison 2008/2009 lorsque j’officiais encore au centre de Formation du CS Sedan. Lors des tests d’entrée au centre, il y avait des voitures qui venaient de toute la France ! Les parents ont placé beaucoup d’espérance et de croyance envers leurs enfants. Les mentalités ont évolué lors de cette période. Pour réussir, il faut avoir la tête sur les épaules car le talent ne suffit pas. Il faut que les parents soient lucides, afin qu’ils offrent un cadre à leur enfant pour ne pas griller ses objectifs. Les agents amènent une pression supplémentaire qui existe même jusqu’en N3. Ils font miroiter des choses aux joueurs en les trimballant dans différents clubs à travers l’Europe. C’est plus compliqué mentalement pour un jeune qu’auparavant car il doit gérer la partie sportive mais aussi toutes les influences en dehors du terrain. Si un jeune joueur n’a pas la maturité nécessaire et l’environnement parental adéquate, il ne franchira jamais les étapes vers le haut niveau. Ce n’est pas cohérent d’avoir un conseiller sportif lorsqu’on évolue en R1 ! Il faut retrouver les valeurs de base qui font l’essence du vrai football. Mon projet de jeu est assez clair. Nous évoluons avec un bloc compact, on défend en avançant. En N3, les points faibles se situent bien souvent chez les joueurs latéraux. Il faut avoir des profils qui maîtrisent le 1 contre 1, qui gagnent des duels et qui sont rapides. En défense, il faut des joueurs athlétiques et solides. Au milieu, il faut des profils qui possèdent un gros volume de jeu. En attaque, il faut avoir un point d’ancrage, un avant-centre solide qui sait jouer dos au jeu. Tous les coachs sont à la recherche de la pépite, mais nous on s’appuie sur le vivier ardennais. Nous avons une bonne douzaine de joueurs issus de la région qui possèdent les valeurs du sanglier, celles de la grinta ! A cela, on ajoute quelques joueurs originaires d’Ile-de-France qui nous apportent une technicité à des postes décisifs. Former une équipe n’est jamais évident car il faut que ça fonctionne bien sur comme en dehors du terrain.”

Propos recueillis par Anthony V. pour Billion Keys.