Interviews

EXCLU : CHLOÉ N’GAZI (US ORLEANS/D2F)

Après avoir découvert la D1 Arkema à seulement 17 ans avec Issy, puis s’être perfectionnée avec les  U19 Féminines du PSG avant de découvrir le Soccer aux USA, Chloé N’Gazi (25 ans) s’est confiée à Billion Keys sur son poste de gardienne de but qu’elle affectionne tant. La native du 9.2 a laissé ses gants au vestiaire pour un entretien sans filtre !

Par AnthonyVivien 15 juin 2021

Chloé, comment as-tu vécu cette saison si particulière avec la crise sanitaire ?

Effectivement, très particulière ! Super longue à vivre ! Les instances du football nous ont tenues en haleine d’octobre jusqu’au mois d’avril ! Tous les deux mois, les décisionnaires nous laissaient croire que nous allions reprendre la compétition. Nous nous sommes entraînées comme-ci nous allions reprendre le championnat. Au final, nous étions toutes encore plus dégoûtées de ne pas rejouer ! Le côté positif est que nous avons pu tout de même nous entraîner, ce qui ne fut pas le cas de toutes les équipes de la D2 Féminines.

Le manque de matchs a créé des tensions, des sautes d’humeur lors de certains entraînements. Cette frustration a pesé sur le groupe. Pour avoir échangé avec d’autres joueuses, il en fut tout autant dans les autres clubs. On s’énervait sur les règles du jeu, ce qui n’arrive jamais habituellement. J’imagine que ça a dû être très compliqué pour notre coach de maintenir le groupe motivé. On travaillait des principes de jeu que l’on ne pouvait pas mettre en place le week-end.

As-tu constaté une baisse de niveau d’un point de vue purement footballistique ?

Je ne pense pas. Le fait de nous entraîner tous les jours nous a permis de maintenir notre niveau habituel. Par contre, il est vrai que nous manquerions de rythme si nous étions amenées à disputer 90 minutes de jeu. Nous avons réalisé beaucoup de jeux réduits, même si parfois nous faisions des oppositions internes.

As-tu un statut professionnel ?

Je n’ai pas de contrat Fédéral, mais je possède un contrat d’un an renouvelable. Certaines gagnent moins bien leur vie que moi alors qu’elles ont un contrat Fédéral. J’ai fait ce choix de ne pas accepter un contrat Fédéral, en pesant le pour et le contre. Il y a six filles qui ont un contrat Fédéral dans l’équipe.

Pour ma part, j’ai la chance de ne jouer qu’au football sans avoir à travailler en parallèle. J’espère que notre sport se professionnalisera très prochainement. Tout dépendra des moyens injectés. On en revient toujours au même point, tout est une question d’argent. Les investisseurs ne donneront jamais d’argent s’ils ne peuvent pas faire de bénéfices ! Petit à petit, certains clubs font des efforts, mais il y a encore trop de disparités.

Quelle place occupe la section Féminine au sein de l’USO ?

On se sent comme un club dans le club. Je ne vais pas mentir ! Le club est partagé entre la section professionnelle et la section amateur. On ressent clairement les différences. Toutefois, nous utilisons de belles infrastructures à La Source, même si nous ne pouvons pas utiliser celles des garçons.

Pourquoi as-tu choisi le poste de gardienne de but ?

J’avoue qu’on ne me croit jamais quand je dis que je suis gardienne de but ! Tout le monde pense que c’est une blague ! Je suis devenue gardienne de but par le pur des hasards. Personne dans ma famille n’a joué à ce poste pourtant. J’imagine qu’il manquait quelqu’un à ce poste lorsque j’étais en Benjamins et l’on m’a proposé d’y jouer. Je me souviens que je voyais les gardiennes s’entraîner sur le terrain d’à côté. Ça avait l’air bien, j’ai donc tenté tout simplement.

J’aime ce poste à part des autres. On fait des efforts intenses, mais courts. J’aime les responsabilités du poste. Lorsque je fais un arrêt décisif, je suis fière pour mon équipe. Plus jeune, il m’arrivait de me dire que j’aurais du rester sur le terrain, car ça me manquait un peu. Mais avec le temps, j’ai vraiment appris à apprécier ce poste à sa juste valeur.

Es-tu bien intégrée dans la vie de groupe ?

J’ai toujours été très proche des joueuses, dans tous les clubs où j’ai joué. Mes coéquipières m’ont souvent fait remarquer que c’était rare d’avoir une gardienne de but aussi participative à la vie de groupe. C’est vrai que ce n’est pas toujours le cas, beaucoup de joueuses à ce poste aiment conserver leur indépendance.

Peux-tu nous relater ton parcours ?

J’ai commencé à jouer avec les garçons au club de Meudon, où j’ai dû forcer ma nature. Il faut savoir s’imposer pour se faire sa place, surtout quand est toute petite. La plupart des filles qui jouent au haut niveau ont généralement joué plusieurs saisons avec les garçons. J’ai ensuite rejoint l’équipe féminine de Bagneux. Ensuite, j’ai signé à Issy, où j’ai notamment disputé mon premier et unique match en D1 Arkema à seulement 17 ans. J’ai ensuite rejoint les U19 Féminines du PSG, sous la coupe de Pierre-Yves Bodineau. Pendant trois ans et demi, j’ai intégré une université à Orlando aux USA.

Mon parcours est atypique, car je ne pensais pas un seul instant devenir professionnelle quand j’ai commencé à jouer au football. J’ai toujours privilégié le plaisir de jouer, avant la compétition. Je pense que j’ai eu de la chance. J’ai su aussi la saisir. Être repérée par le PSG fut déjà ma première opportunité. Le fait d’être grande a certainement contribué à ma réussite. C’est rare chez les filles. C’est un petit avantage qui a pu être bénéfique.

Comment a réagi ton entourage lorsque tu as souhaité intégrer un club de football ?

Ils n’étaient pas du tout d’accord ! J’ai dû forcer pour arriver à mes fins. Je leur ai dit que c’était soit le football ou soit le hockey sur glace ! Ils n’ont toujours pas voulu. J’ai donc voulu m’inscrire au rugby ! Ils ont dit encore non. Mais à force de persuasion, ils ont fini par craquer ! Chaque week-end, j’allais voir mon frère qui jouait en club. Forcément, je suis tombé dedans aussi ! Il m’a transmis cette passion pour le foot.

Quelles sont tes qualités techniques  ?

J’aime bien jouer haut, j’aime bien jouer au pied. J’adore les un contre un. Quand une joueuse adverse arrive lancée face à moi, c’est mon moment préféré ! C’est mon truc, je ne saurais comment l’expliquer. C’est purement mental, j’aime entrer dans sa tête.

Quels sont tes modèles  ?

J’aime m’inspirer des gardiens modernes, à l’image de Manuel Neuer qui est le plus bel exemple. J’adore ce joueur, car il est incomparable aux autres. J’apprécie Ederson aussi. Un mélange de leurs qualités permettrait d’avoir le gardien parfait ! Ils apportent quelque chose en plus d’être un gardien de but.

Lorsque j’étais plus jeune, le football féminin n’était pas aussi développé qu’aujourd’hui. Maintenant, les jeunes peuvent s’identifier à des joueuses professionnelles. J’aimais beaucoup Hope Solo la gardienne des USA, mais c’est plus récent. Je n’ai jamais eu d’icône féminin quand j’étais jeune.

Attaches-tu de l’importance à ton matériel  ?

Oui ! Toujours ! Pour mes gants, je travaille avec la marque B-save (ndlr : développée par Ludovic Butelle) depuis cette année. Avant, je collaborais avec Nike. Je préfère largement cette marque qui possède de meilleures grippes et qui dure plus longtemps. Ils accrochent beaucoup mieux. J’ai toujours un maillot à manches longues, même par 40 degrés, car le synthétique, ça brûle ! Je préfère avoir chaud que de souffrir.

Que représentent tes années PSG  ?

Les meilleures ! Nous sommes toujours en contact, avec les filles et le staff. Avec Pierre-Yves Bodineau, on s’est autant criés dessus qu’on s’apprécie. J’ai également énormément appris sous la coupe de Guillaume Lemire, le coach des gardiennes de but. Au PSG, ils ont su me mettre sur le bon chemin même si j’étais toujours avec cette vision du football loisir. Pour moi, il était inenvisageable de vivre du football en étant une fille. J’étais persuadée qu’il n’y aurait aucun retour. Je le faisais, car j’aimais ça, car ça me faisait plaisir. Mes parents étaient fiers de moi, je l’étais aussi et ça m’allait bien. J’étais prête pour arrêter le football et ainsi commencer une vie d’adulte normal.

Ton expérience américaine fut-elle bénéfique ?

La possibilité de rejoindre une université américaine a pu se réaliser via un agent qui collabore avec la section féminine du PSG. Lorsqu’on m’a proposé ce projet, j’ai accepté sans hésiter une seule seconde. Le PSG ne m’avait pas proposé de contrat. C’était une belle opportunité. C’est le meilleur choix de ma vie fait à ce jour. J’y ai découvert une autre mentalité, une autre manière de penser. Étant archi nonchalante, j’ai compris la vraie valeur du travail. Si j’avais su, j’y serais partie avant ! Mes parents n’ont pas du tout eu peur lorsque j’ai fait ce choix. Ils étaient convaincus du réel apport d’un tel projet. Là-bas, tout est facilité pour que le sportif soit mis dans les meilleures conditions pour être performant sur le terrain et dans les études. On est jamais dans le doute. Je n’ai pas pu prolonger mon aventure, car c’est compliqué pour obtenir un visa.

Pour clore cet entretien, quelles sont les clés de ta réussite ?

Ce qui m’a desservi au PSG justement : le sérieux ! J’étais jeune en U19, je prenais les choses en dilettante. J’arrivais parfois en retard à l’entraînement. Maintenant, je le regrette. J’étais la nonchalance incarnée, c’était horrible ! J’étais persuadée que le foot n’était qu’un jeu et qu’il ne m’amènerait nulle part. Un vrai manque de maturité. Il faut également être constant dans ses bonnes performances bien évidemment. Même si je suis actuellement à 100 % dans le foot, je pense à ma reconversion. Je possède un diplôme dans la communication. Il est donc important d’avoir un bagage suffisant pour anticiper son avenir. Une carrière est courte.


Retrouvez Chloé N’Gazi sur Instagram


Profil

Nom : N’Gazi

Prénom : Chloé

Née le : 06 juin 1996

À : Meudon-la-Forêt (92)

Taille : 1m80

Poste : Gardienne de but

Pied : Droit

Clubs successifs : Meudon – Bagneux – FF Issy – PSG (2013/2016) –  UCF Knights Orlando (USA-2016/2019) – US Orléans (depuis juillet 2019)

Nationalité sportive : Algérienne

Sélections : A (1 sél.)

Palmarès : Néant